Pourquoi quitter lā€™Education NationaleĀ ?

samedi 8 juin 2019
recrutement

Cette question légitime m’est systématiquement posée lors des entretiens. Après tout, je suis là pour prouver aux recruteurs que ma première carrière est un véritable atout, alors il est normal de vouloir savoir pourquoi elle ne me convient plus. Et il est difficile d’y répondre complètement pendant un entretien sans donner l’impression de ne parler que de ça pendant la moitié du temps, ce qui n’est clairement pas le but. C’est pourquoi écrire un article me paraît être une bonne solution pour me justifier.

 

L’idée principale de cette démission, c’est avant tout que je le fais pour moi. Ça paraît idiot dit comme ça, mais partir, ne plus être professeur, c’est avant tout la décision de recentrer ma vie sur moi-même. Je souhaite pouvoir avoir des loisirs en rentrant chez moi le soir, je souhaite penser à autre chose que le travail pendant les vacances et les weekends, et surtout je souhaite m’éloigner des conflits.

 

 Il faut d’abord comprendre que ce qui définit le métier d’enseignant de nos jours, c’est une polyvalence à l’extrême. Nous sommes certes enseignants, mais aussi arbitres, juges, gendarmes, assistantes sociales, conseillers d’orientation, psychologues… Et tout ça sans parler de la préparation des cours. La polyvalence n’est pas ce qui me dérange, et ce n’est pas le débat ici. Mais dans la plupart de ces rôles, il est question d’autorité. N’oublions pas qu’un ENSEIGNANT fait partie de l’EDUCATION Nationale. Deux mots qui n’ont pourtant pas le même sens... Il faut en permanence résoudre des conflits, toujours prouver son autorité, souvent s’époumoner. La raison ne fonctionne plus, c’est le retour à la loi du plus fort.

 

Dans une société individualiste, nous voyons, c’est un fait et pas du tout une interprétation, des familles déconstruites, des enfants livrés à eux-mêmes et qui n’ont pas du tout l’attention dont ils ont besoin, des parents qui n’ont pas les règles élémentaires de savoir-vivre et de respect. Là où hier familles et enseignants se réunissaient et ne former qu’un bloc pour aider l’enfant à bien grandir, aujourd’hui les familles font bloc contre les enseignants pour « protéger » leur enfant… L’individu est aujourd’hui plus important que le groupe, chacun souhaitant prouver qu’il est légitime pour passer le premier. C’est comme ça qu’un enseignant aujourd’hui ne gère plus un groupe mais 25 enfants-roi.

 

La réponse apportée par le ministère à ces changements est que l’école doit être le remède aux maux de la société. Mais comment guérir une société sans soutien ? Combien d’enseignants ont été abandonné au moindre problème avec une famille ? Et combien d’enseignants agressés par les enfants ou les parents sans qu’aucune aide pour se reconstruire ne soit proposée ? Ce ne sont pas des paroles en l’air, c’est arrivé à une de mes collègues.

 

J’ai donc choisi de fuir. D’autres diront plutôt que je suis courageux de quitter un CDI. J’ai envie de leur dire qu’ils n’ont pas compris. C’est ceux qui restent qui choisissent de se sacrifier. Du travail, il y en a ailleurs. C’est sans doute difficile, mais ça l’est beaucoup moins que de voir sa vie défiler au fil des copies corrigées, des réunions inutiles, des formations inefficaces et inintéressantes et de se réveiller un jour pour se dire : « Et si j’étais parti… ».

 

Au final, ce que je cherche en quittant mon métier d’enseignant c’est  le calme, le dialogue, le travail d’équipe, l’action et le « zéro regret » . En somme, tout ce que devrait être notre société.