Le dernier jour de mon ancienne vie

vendredi 5 juillet 2019
professeur

Ce vendredi 5 juillet, ça n’aura échappé à personne, est le dernier jour de classe. Mais pour moi, c’était mon dernier jour en tant que professeur des écoles. C’est un fait beaucoup moins connu, je vous le concède. Mais pour moi, ça restera sans doute l’un des jours les plus marquants de ma vie.

 

La semaine avait démarré calmement, sans chaude larme ou grand discours. Un peu de travail, pas mal de détente et quelques « au revoir » de la part de certains enfants. J’étais même consterné devant l’impolitesse et l’irrespect que certains enfants, et même adultes, pouvaient montrer dans ces dernières heures. Vraiment, aucun regret pour ceux-là.

 

Mais le temps s’écoulant, les petits signes et les petits symboles, anodins mettons nous d’accord, ont commencé à s’accumuler. On dit adieu à certains collègues, on distribue ses livres et ses cours. On donne des derniers conseils. Je ressentais comme un détachement, comme si ce qui arrivait n’était pas réel, ou arrivait à quelqu’un d’autre. Sans doute n’était-ce pas si anodin, mais était-ce vraiment si important ?

 

Et puis le dernier jour est là, aujourd’hui. Des élèves ne vous quittent plus, vous écrivent des petits mots. Vous finissez de nettoyer la classe, de bouger des tables, d’emballer vos affaires. Les collègues préparent leurs commandes de fournitures, discutent répartition des élèves et décloisonnement. On vous présente celle qui va vous remplacer, vous rendez vos clés et les enfants sont presque tous en train de pleurer… L’espace d’un instant, est-ce que je me suis posé la question : « Florian, est-ce que tu as bien fait ? Est-ce que tu n’as pas fait une grosse bêtise ? » ? Et bien non ! Ce n’est pas un ras-le-bol qui s’exprimait, ou même de la fatigue. Pour la première fois, j’en suis sûr, c’était de la satisfaction.

 

Quand on quitte un travail qui ne nous plaît plus, on s’imagine chanter la reine des neiges, éprouver un énorme soulagement, avoir l’impression de briser ses chaînes. Mais en fait, non. Je suis juste content de partir au bon moment. Alors je ne dirai pas que tout cela n’est pas nuancé avec une touche de stress ou de peur de l’avenir, mais partir aujourd’hui, en disant au revoir à des enfants à qui j’ai enseigné, des enfants qui disent merci, des collègues formidables qui vous regrettent déjà, c’est tout ce qu’un enseignant peut souhaiter.

 

Oui je pars. Non je ne regrette pas mon choix. Oui j’en ai bavé mais surtout, oui je suis satisfait. Et je ne me souhaite qu’une seule chose pour l’avenir : ne pas attendre la fin pour être de nouveau satisfait de mon travail.

 

Merci encore à mes collègues qui ont su me soutenir jusqu’au bout sans me juger.